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Initiative : Pousse-Lune, les cuirs de Yadou

Yannick "Yadou" Marco Créateur de Pousse-Lune, les cuirs de Yadou

Le visage de Yannick Marco, dit « Yadou » ne vous est peut-être pas inconnu. En effet, musicien, Yadou a longtemps arpenté les routes des parçans d’Occitania et d’ailleurs. Armé de son trombone, son sac de gemmec et de sa graille, il bondissait sur les scènes vêtu de son fameux kilt au sein du groupe Goulamas’k. Après 14 ans au sein du groupe et désireux de passer plus de temps avec sa famille, Yadou a décidé de quitter le groupe et se lance dans une nouvelle aventure : Pousse-Lune, les cuirs de Yadou.

Une décision difficile, mais une reconversion évidente

Quitter un groupe après 14 ans sur la route ensemble, ce n’est jamais facile. Comme il le dit lui-même « c’est sur le col du Cabaretou, au milieu des sapins, pendant la saison des cèpes » que Yadou, grand amateur de nature a pris sa décision. « Après 14 ans de route, je commençais à fatiguer des tournées, je voulais pouvoir voir grandir les enfants et faire autre chose » nous confie-t-il. Cependant, quitter Goulamas’k signifie aussi trouver un nouvel emploi… Et Yannick ne se sent pas prêt à passer directement de la vie de musicien en intermittence à un retour à l’usine. Qu’à cela ne tienne, la réponse était évidente. En effet, cela fait déjà quelques années que Yadou fabrique lui même certains de ses instruments… Alors pourquoi ne pas pousser plus loin le travail du cuir.

« J’aime bien les choses rustiques, utiles, mais rustiques »

Yannick Marco de Pousse Lune, les cuirs de Yadou
Travail du cuir-Pousse Lune, les cuirs de Yadou

Au cuir de la lune…

Yannick a toujours travaillé en s’appuyant sur la transmission. Ainsi, quand il s’est lancé dans l’apprentissage de la cornemuse, Il a songé à partir collecter auprès des anciens pour acquérir leur savoir-faire. Mais malheureusement, comme il le dit lui même « ceux qui « sachaient » étaient déjà morts ». Cependant, la démarche est la même pour embrasser ce nouveau métier. « J’essaye de faire des choses simples, pas simplistes mais simples, c’est à dire retrouver les gestes que les papets ils avaient [..] de la ceinture qui tient, pas forcément jolie, si c’est joli c’est un plus… Mais j’aime bien les choses rustiques, utiles mais rustiques ». La transmission et la réappropriation du savoir-faire des anciens restent donc plus que jamais l’essence de ce changement de vie.

« En fait, je me suis aperçu que chaque village avait son cordonnier, son sellier  »

Yannick Marco de Pousse Lune, les cuirs de Yadou
Etui à couteau Pousse-Lune les cuirs de Yadou

A cheval entre le médiéval et le DIY

Donc, ce qui attire Yannick dans cette nouvelle vocation, c’est le fait de pouvoir faire des choses utiles : porte-sécateurs, étuis à couteau… Plus il avance sur la piste de cette reconversion, plus il constate que ce métier était jusqu’à récemment très présent dans tous les parçans d’Occitania. « En fait, je me suis aperçu que chaque village avait son cordonnier, ici à Puisserguier, il est mort mais ses enfants ont continué à faire des chaussures ». Son approche du métier de « pegòt » (c’est ainsi que l’on nomme les cordonniers en occitan) est « à cheval entre le médiéval et ce qui se faisait sous l’Empire », « du cousu main au fil de lin, fait à la main ». Il apprend en échangeant avec les anciens et, plus il avance dans les échanges, plus l’idée de travailler le cuir devient une évidence. « C’est super intéressant ce savoir-faire des papets ».

D’abord le bois puis le cuir

« En fait le travail du cuir est venu sur la démarche que j’ai eu de comprendre la cornemuse, c’est venu sur le travail du bois, donc j’ai acheté des machines ». Mais très vite, Yannick se rend compte des contraintes. En effet, les machines sont bruyantes et surtout dangereuses. « C’est des machines qui tournent à 20.000 tours minutes […], je reste musicien, mes doigts j’y tiens […] Donc j’ai vite arrêté ». Constatant qu’il avait compris les techniques de travail du bois, mais que cela n’était pas fait pour lui, Yadou le joueur de cornemuse a donc délaissé le côté « tuyau » de l’instrument pour s’intéresser au côté « poche ». C’était les prémices de ce qui allait devenir « Pousse-Lune, Les cuirs de Yadou »

Du cuir certes, mais toujours des cuivres

Yadou et Christian

Pour autant, Yannick l’artisan n’oublie pas Yadou le musicien. En effet, s’il a quitté Goulamas’k, il continue à faire sonner trombones et résonner sac de gemmec. Ainsi, vous pourrez retrouver Yadou en compagnie de l’équipe des Romegaires dans la nouvelle formation « Vents et Peaux » et avec ses anciens comparses de scène dans « Les Diables de la Garrigue ».

Quoi qu’il en soit, que vous croisiez Yannick l’artisan ou Yadou le musicien, n’hésitez pas à aller à sa rencontre, à admirer son superbe travail autour du cuir ou à l’écouter jouer. Sous son premier abord d’ours mal léché, vous découvrirez un garçon talentueux dans tout ce qu’il entreprend, passionnant et passionné… Bref, un vrai nounours.

Cédric Rousseu

Remerciements à Alexandra Joly qui a accepté de nous prêter quelques unes des photos qui illustrent cet article.

Pour en savoir plus allez visiter la page Facebook de Pousse-Lune, Les Cuirs de Yadou

Version audio :

. Interview réalisée le 18/05/2019 dans le cadre de l’opération « Radio Piquetalen » pendant la Préma 2019 en collaboration avec Antenne d’Oc Figeac, Radio Lenga d’Oc Montpelhier et Radio Occitania , des « ex » de ces nobles maisons (Merci Aymeric Chovaux) et Danis Cantournet de Macarel . Réalisation Alexandre Chiavassa.

Bonus la recette de Yadou :

Frédérique d’Antenne d’Oc Figeac a su nous démontrer en une question que Yannick était aussi un fin gourmet et un cuisinier hors pair.
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Cet article a 2 commentaires

  1. Bel article. Je fonce regarder ses œuvres !

  2. Fabuleux récit : On sent l’amour du travail bien fait. Bonne chance à Yadou

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